Dans la région, les approches diffèrent suivant la géologie, la topographie et la sensibilité des vignerons, mais on note plusieurs axes forts :
Enherbement spontané vs semis d’espèces sélectionnées
- Enherbement spontané : consiste à laisser pousser les espèces naturelles présentes dans le sol. Cette méthode moins interventionniste favorise la flore locale et la résilience de l’écosystème. Cependant, elle expose parfois à l’invasion de plantes concurrentielles pour la vigne (graminées gourmandes, adventices envahissantes).
- Enherbement semé : ici, les vignerons choisissent spécifiquement des espèces. Les mélanges de légumineuses (trèfle blanc nain, lotier), de graminées peu concurrentielles (fétuque rouge, ray-grass anglais), ou d’engrais verts (moutarde, phacélie) sont privilégiés pour :
- Nourrir le sol (fixation d’azote atmosphérique, apport de matière organique grâce aux racines et à l’humification des herbes coupées).
- Structurer le sol (les systèmes racinaires varient en profondeur, améliorant la porosité et la vie biologique du sol).
- Limiter les maladies du bois grâce à certains couverts à effet allélopathique.
Ajustement de la largeur de l’enherbement
Les vignerons biodynamiques du Beaujolais optent pour des pratiques contextuelles :
- Enherbement un rang sur deux : sur les sols maigres et les années sèches, une alternance entre rangs enherbés et rangs travaillés limite la concurrence avec la vigne.
- Enherbement total : réservé aux terroirs profonds et frais, il favorise la portance des sols, la circulation dans les rangs, et offre un refuge maximal à la biodiversité.
Les ajustements tiennent aussi compte de l’équipement de la propriété (outils de fauche, interceps hydrauliques, animaux de pâture).
Gestion du couvert végétal
- Maitrise de la hauteur (fauche, roulage, pâturage ponctuel avec des moutons, notamment au printemps et après les vendanges).
- Entretien manuel ou mécanique selon la topographie : sur certains crus à forte pente (Côte de Brouilly, Moulin-à-Vent), l’entretien reste majoritairement manuel, limitant le tassement des sols.
A titre d’exemple, le Domaine des Marrans, certifié Demeter à Fleurie, réalise jusqu’à trois passages de fauche par an, associant cette pratique au paillage avec les déchets végétaux broyés "
Données chiffrées sur l’impact
Selon une étude menée sur 42 parcelles en Beaujolais par l’IFV en 2021 :
- L’érosion des sols est réduite de 50 à 70% sur les pentes enherbées par rapport à une parcelle nue ou labourée.
- La teneur en matière organique augmente en moyenne de 0,2 à 0,5% en cinq ans grâce à l’apport régulier des couverts végétaux.
- La diversité faunistique (coléoptères, pollinisateurs) est multipliée par 3 dans les zones enherbées, facteur crucial pour le contrôle naturel des ravageurs.
Source : IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), Agence Bio